jeudi 9 décembre 2010

Book of Chastity

Céline Fribourg et Chahida Ousseimi (Editions Take5) présentaient leur dernier livre chez Artcurial le 3 décembre dernier. Les somptueux livres d’artistes des deux éditrices réunissent classiquement un travail photographique et un texte originaux. En l’occurrence, Ernesto Neto et Tom Mc Carthy. Un livre édité à trente exemplaires seulement, rare et précieux donc, comme son contenu.

Tom McCarthy met en mots l'histoire montrée par Ernesto Neto : celle d’une passion pour une femme à l'intérieur de laquelle l’artiste aimerait pénétrer, non pas par la seule pénétration sexuelle, mais par toute sa peau, tous ses pores, tous ses interstices, pénétrer ses secrets, mus par un désir fou d'intériorité et par une passion si particulière que l’on se pose d’emblée la question : cette femme existe-t-elle ou est-elle une production mentale ? Les deux probablement. Tom McCarthy l'écrit très bien le désir et l'impossibilité - “inventorise what I was loosing” : cette impossibilité toujours, de savoir ce qu’il y a “dedans”, à l’inétrieur de l’autre, et comment faire pour pénétrer dans les tréfonds de l’âme et du corps confondus.

Le boîtier dessiné par Ernesto Neto souligne encore cette folie du désir : une gaufre, un coussin, des coutures... C’est plastique et littéraire, purple et cousu, architectural et corporel. On n’en finit pas de désirer ouvrir la boîte de Pandore et de se mirer à l’intérieur dans les espaces sensoriels d’Ernesto Neto, dont le directeur de la Hayward Gallery à Londres, Ralph Rugoff, dit avec justesse que “Son travail est multisensoriel, il en appelle à votre sens du toucher et à votre odorat. Neto crée des installations de nature abstraite et biomorphique – des installations qui évoquent la peau et l’intérieur du corps humain...

Ouvrir la boîte, feuilleter le Book of Chastity, c’est aussi nous découvrir nous-même, nos passions possibles, notre curiosité infinie pour l’autre sous toutes ses formes. Comme le dit encore Rugoff à propos de Neto : “Ce type de propositions artistiques rend les gens plus avertis de leur propre corps”.

"It was as I needed to inventorise what I was loosing to archive it all. I was isolating hand gestures, turns of her neck or the shape of her lips as she mouthed a word and using these to summon up and fix my memory of the other times I’d seen her make that movement..."

Publié le 9 décembre 2010, dans les Quotidiennes

1 commentaire:

regine a dit…

Les artistes seront à Espace Topographie de l'art le 9 février de 18h à 23h pour présenter Book of chastity, éditions Take 5