mercredi 9 mars 2011

J'aime changer. J'aime bouger. Georges Perec disait que vivre, c'est changer de lieu.
Alors... Je change de blog. Vous tous qui m'avez lue parfois, retrouvez moi vite sur

barbarapolla.wordpress.com

Merci !!


THE PEOPLE YOU LOVE
BECOME GHOSTS INSIDE
OF YOU AND LIKE THIS
YOU KEEP THEM ALIVE

mercredi 23 février 2011

Où aller pendant ces vacances ? A Paris encore. Dans les friches de la mémoire. Au Palais de Tokyo.

"Les écrivains, les artistes, les cinéastes, les vidéastes, toujours puisent, pour leurs créations, dans leur mémoire vive, personnelle et collective.

Les vastes espaces en friche du sous-sol du Palais de Tokyo, qui sont ouverts au public depuis peu, semblent tout particulièrement à même, peut-être parce qu’ils sont des friches justement, de susciter d’étranges travaux de mémoire parentale. La mère de Sophie Calle a habité en ce palais pendant quelques mois, c’est au tour du père d’Amos Gitai de hanter les lieux.

Les films d’Amos Gitai sont traversés par la question de l’identité et de l’exil, de la mémoire et de l’Histoire, ses films engagent une réflexion sur le passé et le présent, sur la nécessité de la transmission et sur le rôle de l’art. Mais heureusement, l’installation d’Amos Gitai dépasse largement le cadre mémoriel de la question de la Shoah et le questionnement de comment en transmettre la mémoire. L’expérience est en fait avant tout sensorielle, physique, esthétique et sonore.

On est plongé, en sous-sol, pris happé envoûté par un ensemble de films projetés côte à côte, face à face, en grand écran sur les murs désaffectés que l’on devine rêches et dans lesquels les images semblent incruster leur mouvance, dans une pénombre lumineuse les multiples Traces de Gitai tournent et recréent une nouvelle image, plus complexe, celle de l’ensemble du cerveau de cet homme qui est encore en train de créer. Sur les murs tournent ainsi en boucle des extraits de Berlin-Jérusalem (1989), film réalisé avec Pina Bausch, Free Zone (2005), avec le visage de Natalie Portman noyé lui aussi, de larmes, Au nom du Duce (1994), documentaire sur la campagne électorale de la petite-fille de Mussolini pour la mairie de Naples... Et Lullaby to my father Munio Weintraub Gitai, berceuse pour mon père, ce père à qui Gitai rend hommage.

On n’en peut plus de ces hommages parentaux, espérons que pour la prochaine exposition des friches on ne nous montrera pas un artiste qui travaille sur la vie et la mort de ses arrière grands-parents – mais en l’occurrence, avec délices, on peut oublier l’Histoire, et jouir de l’ensemble des histoires que racontent, montrent, suggèrent, fantasment les films de Gitai. Lui-même d’ailleurs, de cette vision panoramique, “pariétale” (selon Magali Lesauvage) de son propre cinéma, suggère qu’elle correspond à une «psychanalyse collective». Ou quand l’artiste réussit cette merveille qu’est l’appropriation collective d’une œuvre globale, presque sans le vouloir, alors qu’il cherche à nous transmettre une mémoire spécifique.

Les Traces d’Amos Gitai sont bien celles de la vie. De notre vie. Tellement “justes”, prenantes et parlantes, que même Paris, à la sortie, semble presque moins vivante que la vie du cinéma."


Publié dans les Quotidiennes le 23 février 2011.

mardi 22 février 2011

Où aller pendant ces vacances ? Chez les cannibales évidemment... à Paris, donc. Ou au Mormont.

"Tous cannibales, paraît-il.

Nous aussi, d'ailleurs, helvètes que nous sommes, ou du moins nos ancêtres. On a beau essayer de passer sous silence la découverte, tout près de chez nous, au Mormont, cette colline située au bout de la plaine de l’Orbe, entre La Sarraz, Eclépens et Orny, de restes humains probablement cuisinés et mangés qui ne ne datent pas de l'époque de Lucy, mais de juste 200 ans avant Jésus-Christ, il semble bien probable que les Celtes d’Helvétie étaient cannibales. «On peut supposer qu’ils ont été rôtis. Il est donc fort probable qu’ils aient été mangés. Ils ont en tout cas été traités comme les animaux... Nous y avons trouvé plus de 250 fosses (des puits à offrandes), contenant des restes d’animaux et une soixantaine de fragments de corps», relève Denis Weidmann, qui souligne l’originalité des découvertes : «ce qui est nouveau sur ce site, c'est le traitement des êtres humains identique à celui des animaux».

A Paris, la Maison Rouge organise une exposition consacrée au cannibalisme -, ou plus joliment dit, à l’anthropophagie et à ses représentations. Une exposition très attendue sur un thème que les spécialistes de l’art ont eu tendance à oublier, alors que le cannibalisme semble augmenter dans le monde et souvent défraie la chronique. La commissaire de l’exposition, Jeanette Zwingenberger, nous invite à table avec beaucoup de délicatesse et nous donne à penser sur l’incorporation.

Cette incorporation qui semble de fait impossible – à moins d’être cannibale. Selon Claude Lévi-Strauss, dans une citation mise en exergue par Jeanette Zwingenberger : «Nous sommes tous des cannibales. Après tout, le moyen le plus simple d'identifier autrui à soi-même, c'est encore de le manger. » Manifestation ultime de l’amour d’autrui ou atrocités dont il est essentiel de rire ? N’avons-nous pas tous menacé un jour quelque délicieux enfant porté dans nos bras – mmmm, je vais te manger ? N’avons-nous pas, enfant, été étreints d’angoisses de dévoration, dans les bras de notre mère, devant la fontaine bernoise du Bouffeur de Petits Enfants, pour ceux d’entre nous qui ont eu la chance d’admirer le monstre, petits encore ? Ne sommes-nous pas tous à la recherche de l’autre, arrêtés encore et encore devant le mur impénétrable du corps, cette maison intime que nous habitons toujours seuls (avec quelque kilo de bactéries «commensales» certes) et de laquelle la pénétration reste une illusion ?

Le cannibalisme de toute sorte est traité par les artistes exposés à la Maison Rouge. De la tendresse pour les petits enfants à la dévoration de la mère dont le sein reste un modèle de manger et de boire en même temps, au cannibalisme sexuel, aux horreurs, aux réminiscences de la Grande Bouffe en rose de... Manque le cannibalisme de survie, celui par exemple envisagé par les trente-trois mineurs du Chili : «Nourriture ou pas, je me disais que j'allais me sortir de là», a déclaré récemment Mario Sepulveda, le deuxième mineur libéré de la mine de San José, particulièrement prolixe : «Je me suis demandé quel était le mineur qui allait perdre connaissance en premier et comment j'allais pouvoir le manger. Cela ne me faisait pas peur. » Apparemment, la casserole était prête.

Ce que je n’aime pas, je ne mange pas."

Publié dans les Quotidennes le 22 février 2011.

lundi 21 février 2011

Où aller pendant ces vacances ? Ailleurs évidemment... à Paris, donc.

"A Paris, sur les Champs Elysées. Pas vraiment Ailleurs ? Contournez le magasin Louis Vuitton pour entrer par derrière, rue Bassano. Il faut commencer par prendre un ascenseur obscur. Dépaysement garanti. L’ascenseur est d’Olafur Eliasson.

En sortant de l’ascenseur, dans la pénombre encore, vous vous trouvez face à une œuvre de Paul Gauguin, pionnier de l’ailleurs. Sur votre gauche, l’ailleurs est dans un bateau de pauvre facture, qui n’arriva jamais, ou alors vide – il était pourtant In Search of the Miraculous. L’artiste hollandais Bas Jan Ader aura payé de sa vie son engagement artistique total. Selon André Rouiller, “Aussi inquiétante soit-elle, la démarche de cet artiste hollandais exprime la force d'une volonté tendue vers l'absolu, absorbant à la fois l'art et la vie comme s'il portait à son paroxysme la logique nietzschéenne de l'enivrement de l'expérience artistique. L'ailleurs ici est un voyage vers un horizon aussi grandiose qu'indéfini, perdu dans l'immensité océanique.”

In Search of the Miraculous est repris par l’artiste Joanna Malinowska : elle aussi recherche le miracle. Le miracle pourrait bien exister, nous suggère Malinowska, dans la musique notamment, tout comme dans notre ferveur à l’écouter, à nous laisser «prendre», hypnotiser par elle. Les Genevois se souviendront peut-être que Joanna Malinowska avait présenté à Analix Forever son célèbre Concerto pour deux violons, deux violoncelles et un cadavre... Pour l’exposition Ailleurs, c’est une Joanna Malinowska toujours aussi fascinée par la musique qui monte vers le Nord aussi loin qu’elle le peut, non sans un Sony fonctionnant à l’énergie solaire. L’objectif de l’artiste : écouter les Variations Goldberg là même où Glenn Gould aurait voulu les jouer, prétend-on. Mais dans la vidéo que réalise l’artiste, on entend surtout le vent du grand nord, dans le flux duquel quelques notes, parfois, s’égrènent. Mystérieuse sonorisation culturelle d’un espace naturel lointain et glacé et la question qui nous vient elle aussi portée par le vent : le Sony fonctionne-t-il encore ?

Fernando Prats, artiste chilien travaillant à Barcelone, qui représentera d’ailleurs le Chili à la prochaine Biennale de Venise, lui, il noircit de fumée charbonneuse des papiers, puis laisse la nature peindre pour lui. Il dispose ou suspend ses papiers enfumés au bord de l’océan par exemple, ce dernier se chargeant alors de faire le reste. “Le papier se nourrit de la vie naturelle et de ses aléas en fonction du site auquel l’artiste le soumet. Il devient empreinte et palimpseste d’une nature sans cesse en progrès et au travail” lit-on dans le catalogue de l’exposition.

Et le parcours continue – comme un parcours initiatique - jusqu’à la lune : le traîneau fantastique de l’artiste suisse Luc Mattenberger aura traîné la lune jusque dans cet ailleurs... N’oubliez pas, d’entrer dans la rotonde, de vous coucher sur le sol comme l’architecture du lieu vous y invite, et de regarder passer cette lune qui semble descendue des montagnes valaisannes... seize artistes exposés en une chaîne circulaire dans cet espace – l’un d’entre eux, Yann Dumoget, grand voyageur, messager de l’Ailleurs, insiste sur le fait que ce sont les pas du nomade qui définissent le territoire de l’ailleurs et que le déplacement le plus important, c’est ce mouvement en soi-même et les rencontres qu’induit le déplacement géographique. On devient un autre soi-même grâce aux gens qu’on rencontre et “vivre, c’est changer de lieu”, disait George Perec. Yann Dumoget distribue aux spectateurs de l’exposition de billets de banque chinois. On se demande, où et comment il va repartir...

Et nous, où aller maintenant ? A la Maison Rouge. Tous cannibales. Suite demain."


Publié dans les Quotidiennes le 21 février 2011.

samedi 29 janvier 2011

Inès Flammarion, l’art au coeur

Une autre de ces jeunes femmes entreprenantes, en attendant d’être entrepreneuses ? Inès Flammarion : un nom illustre dans les lettres, une famille de raison au cœur de laquelle Inès, née il y a vingt-quatre printemps, développe seule une passion pour l’art contemporain. Au cours des voyages de l’enfance, elle s’amuse dans les musées bien plus que de tout autre jeu proposé à son tendre âge. A dix-sept ans, elle obtient une bourse de l’Ecole de Christies, travaille chez Templon à Paris et Xavier Hufkens à Bruxelles, poursuit ses études en parallèle et se passionne pour le design et les arts déco et pour l’empreinte dont ils marquent la vie - par le cadre.


De retour à Genève, elle rêve d’y ouvrir une galerie un jour, mais en attendant d’avoir un acquis suffisant pour ce faire, s’engage d’ores et déjà pour la Cité. Elle a choisi pour ce faire le Centre d’Art Contemporain, vitrine de la création contemporaine locale. Elle rejoint le comité des Amis du Centre, seule femme aux côtés de Jean Altounian, Eric Bernheim, Werner Blatter, Pierre-Louis Chardier, Leslie Monoson, Stéphane Ribordy et Daniel Rinaldi, soulignant au passage le courage des choix artistiques d’un Eric Bernheim «qui ne collectionne pas avec les oreilles».


Ses objectifs au sein de l’Association ? Cultiver les liens, entre le Centre et la Cité, entre le Centre et ses publics, entre le Centre et les Amis du Centre. Appel aux futurs membres ! Valoriser sa directrice aussi, Katya Garcia-Anton, cette femme hors du commun qui lie les antipodes d’origines à la fois britanniques et espagnoles et une formation aussi bien biologique qu’artistique, et qui - un honneur pour Genève - a été sélectionnée pour organiser le Pavillon espagnol de la Biennale de Venise 2011.


Les talents qu’Inès Flammarion souhaite mettre à disposition de ces objectifs ? Sa sensibilité aux nouvelles tendances, son ouverture à toutes les formes d’art - son intérêt pour le design rejoint d’ailleurs celui que porte à cette forme d’art Katya Garcia-Anton - et son amour pour Genève, ce «joli village corrompu» comme disait joliment Jean Ziegler. Inès Flammarion quant à elle apprécie surtout la beauté de notre ville - la beauté qui comme nous les savons tous sauvera le monde…

Publié dans Les Quotidiennes le 28 Janvier 2011

Une nouvelle Vitrine à ne pas manquer

Les entreprises créées par les femmes se multiplient sans répit. Aux Etats-Unis, la création d’entreprises par les femmes s’est révélée, ces dernières décennies, deux fois plus rapide que la création de business par les hommes. Beaucoup de ces entreprises sont des e-business, une manière de travailler – et d’acheter – particulièrement féminine.

Blaire Dessent, originaire de Californie, a travaillé longtemps dans une grande galerie new-yorkaise et vit désormais à Paris. Elle aime la ville mais ne souhaite pas y travailler… où alors ? Car Blaire fait partie du clan des indépendantes, des créatives, des productives. Elle crée alors une nouvelle Vitrine. Une Vitrine toute jeune : elle a à peine huit mois. Sa spécificité ? Promouvoir des designers européens qui n’ont pas encore de marché US et nouveaux talents US qui n’ont encore aucune visibilité européenne ; transférer le local européen aux US et le local US en Europe. Promouvoir le travail qui doit être vu, des objets d’élection. Une Vitrine virtuelle donc, une sorte de « urban catalogue », ouvert sur le monde, favorisant les échanges, proposant des pièces uniques : le travail dans le contexte de l’art contemporain et le partage de sa vie avec l’artiste Mounir Fatmi à la fois reflètent et nourrissent en permanence l’appétit artistique de la jeune femme. Les prix ? de quinze à 800 dollars. Les délais de livraison ? De deux jours à une semaine.

La Vitrine proposera ainsi, au printemps 2011 une écharpe en soie, avec un dessin original de la newyorkaise Sarah Crowner, en édition limitée, label Vitrine, ! Toutes celles qui apprécient les belles matières et le hand made. Mots d’ordre ? Le fun et le travail avec les amis. Le premier découlant du second… Moi aussi, j’aime travailler avec mes ami/e/s. Et écrire sur mes jeunes amies qui font des choses formidables et se battent pour réussir. Blaire Dessent fait partie de celles-ci. Les Quotidiennes, magazine généraliste essentiellement écrit par des femmes et beaucoup lu par les hommes, est aussi un lieu d’information, de réseau, un lieu de liens. Merci ! Et vous toutes, jeunes femmes formidables pleines d’idées et de réalisations (car les idées appartiennent à celles qui les réalisent), racontez-moi vos fêtes !

Publié dans Les Quotidiennes le 26 Janvier 2011

mercredi 19 janvier 2011

Le TGV Paris-Genève ou la préhistoire du rail

On nous promet neuf départs par jour, trois heures entre Genève et Paris.
Ah enfin, quelle chance, trois heures ça change tout, tout le monde le dit et les “frequent passengers” dont je fais partie sont aux anges.

Sauf que tout cela est pure illusion.

Les trains antédiluviens que Lyria propose sur cette ligne n'ont même pas de prise pour charger les ordinateurs. Dommage : car ces machines antédiluviennes tombent en panne à tous les trajets (du moins ceux que j’ai fait récemment, dont une arrivée vers une heure du matin pour un train qui devait arriver à 21h). Alors les piles qu'on a pris soin de charger avant de partir ne suffisent pas puisqu'au lieu des trois heures promises c'est au minimum quatre heures trente dans la réalité.

Alors pour compenser, on nous propose désormais un repas. OBLIGATOIRE, le repas. Vous devez payer. On vous sert des croissants glacés, des sauces d’avant la chasse à la malbouffe, des piquettes qui s’approchent plus de la vinasse que de la noblesse française. Et quelques chocolats suisses aussi tristes qu’un train grande vitesse au ralenti.

On attend avec anxiété l’accident qui ne saurait tarder. Car quand on se refuse à investir, un jour ou l’autre, les machines, comme les hommes, meurent. SNCF prends garde, toi dont l’ambition de qualité ne fléchit pas, à ces lignes de provinces extraterritoriales mal desservies, mal soignées (ah la propreté des Lyria, l’odeur des toilettes...), mal gérées. La gentillesse des contrôleurs souvent aussi désespérés que les voyageurs ne compense pas tout. Ils nous proposent de téléphoner au service clients Lyria mais je me suis dit qu’une lettre ouverte aurait peut-être plus de chances d’être entendue ?

Publié dans les Quotidiennes le 17 Janvier 2011

mardi 18 janvier 2011

Le 1er Colloque d’Architecture émotionnelle sur L’Hebdo


Publié dans L'Hebdo, le 13 Janvier 2011.

SCOPE invited mi to Miami

Publié dans l'Extension, Décembre - Janvier 2011

Comment elle fait...


Publié dans Femina le 16 Janvier 2011

lundi 17 janvier 2011

vendredi 14 janvier 2011

L’architecture sera émotionnelle ou ne sera pas par Nicolas Poinsot

Dans un de ses ouvrages les plus mémorables, le philosophe Gaston Bachelard écrivait que «l’espace saisi par l’imagination ne peut rester l’espace indifférent livré à la mesure et à la réflexion du géomètre. Il est vécu. Et il est vécu, non pas dans sa positivité, mais avec toutes les partialités de l’imagination». Cette citation tirée de la Poétique de l’espace, publié en 1957, pourrait à elle seule résumer la raison d’être de cet événement scientifique et philosophique qu’accueillera bientôt la ville de Genève.

Regards réciproques

Berceau des grandes rencontres internationales, carrefour diplomatique par excellence, il n’est pas étonnant que la cité de Calvin voie se tenir, du 20 au 22 janvier 2011, le Premier Colloque international multidisciplinaire sur l’Architecture émotionnelle. Car de rencontre, d’échange, de regards réciproques, il en sera bien question. Impulsée par la galeriste et médecin Barbara Polla (et pétillante chroniqueuse des Quotidiennes), cette série de conférences propose de jeter un pont entre l’univers de l’architecture et le monde des émotions, réunissant pour l’occasion de nombreux spécialistes de tous horizons, géographiques ou disciplinaires.

Architecture. Emotion. Ces deux mots semblent s’attirer dans notre conscience collective. Chacun, en tout cas, est lourd de sens. Les émotions ont longtemps fait figure de vilain petit canard dans la tradition philosophique occidentale, accusées de détourner l’homme de la vérité, quand ce n’est pas de la foi. Saint Augustin, pourtant, ou Bergson, ou Schopenhauer, ont reconnu la capacité des émotions à transcender nos perceptions, à donner corps à nos expériences, à voir soudain jaillir Dieu du chaos. Jusqu’à admettre qu’elles sont la composante de toute vie digne de ce nom.

Quête de l’organique

Cette réhabilitation des émotions, aujourd’hui totalement achevée, touche évidemment l’architecture et ceux qui ont en charge de l’enfanter. Lassés par tant de fonctionnalisme austère, impersonnel, pour ne pas dire inhumain (souvenons-nous des errances de Jacques Tati dans Playtime), les individus sont à la recherche de ce qui leur ressemble, autrement dit quelque chose d’organique. Un autre corps, version bâtie. D’où la nouvelle prédominance des courbes, des matières s’adressant aux sens. Mais comment articuler ces désirs naissants avec le construit ?

Reconnu comme un art, l’architecture n’en est pas moins un cas à part, avec des exigences techniques parfois très éloignées des préoccupations esthétiques. Toute réalisation, en effet, ne nécessite-t-elle pas à la fois un architecte et un maître d’œuvre ? Comme si un ingénieur devait accompagner le peintre ou le musicien dans sa création. Pour certains, l’architecture est un peu une muse qui n’arriverait pas à voler de ses propres ailes.

Dialogue perpétuel avec les utilisateurs

Toutefois cette contrainte peut devenir une chance inouïe. Les matériaux eux-mêmes, réfléchis, travaillés pour servir la forme et la lumière, deviennent des œuvres d’art. Béton, verre, métal ou bois se mettent au service d’un espace conçu pour accueillir l’homme et le ravir à chaque instant. Selon l’architecte Tadao Ando, qui décrocha le prestigieux prix Pritzker 1995, «l’architecture n’est jugée achevée que par l’intervention de celui qui expérimente». Signe réel que de nos jours, les constructions tendent vers une prise en compte de ses utilisateurs, entament un dialogue perpétuel avec eux.

Ce colloque organisé à Genève fait œuvre de pionnier dans ce domaine, puisque les recherches s’attelant à mieux comprendre les relations entretenues par l’affect et l’architecture étaient jusqu’ici confinées à des travaux isolés. Historiens de l’art, philosophes, sociologues, architectes et spécialistes des sciences cognitives seront donc amenés à croiser leurs points de vue. Pour d’enrichissantes perspectives.

Matière à penser

Des travaux préliminaires viennent en outre d’être présentés dans la publication anticipant le colloque. Intitulé Architecture émotionnelle, matière à penser, cet ouvrage collectif établi un premier état des lieux passionnant. Par les pistes qu’il entend explorer, la polyphonie de ses approches, le volume est voué à devenir une référence incontournable de la bibliographie.

Et les enjeux sont loin d’être négligeables. En envahissant nos espaces de vie, l’architecture est finalement le seul art que l’homme expérimente quotidiennement, souvent sans s’en rendre compte. Judicieusement élaboré, le bâti pourrait alors participer au bien-être de tous. Avouons que le postulat est séduisant et mérite bien un détour par les amphithéâtres de ce colloque. D’autant plus qu’il est ouvert à tous les publics. Oreilles averties ou simplement curieuses y sont les bienvenues.

«La construction, c’est pour faire tenir, l’architecture, c’est pour émouvoir» disait Le Corbusier. Décidemment, tout un programme.


Premier Colloque international multidisciplinaire sur l'Architecture émotionnelle
20-22 janvier 2011, Fondation Louis-Jeantet, Chemin Rieu, 17, Genève.

Informations et inscriptions : archiemo.wordpress.com

A lire : Architecture émotionnelle, matière à penser, Sous la direction de Paul Ardenne et Barbara Polla, Editions BDL La Muette, Lormont, 2011.

Publié dans Les Quotidiennes le 14 Janvier 2011.

mercredi 12 janvier 2011

Dernières news avant le 1er Colloque d'architecture émotionnelle !

Le Premier Colloque d'Architecture émotionnelle ouvre ses portes la semaine prochaine... Vous pouvez encore vous inscrire. Le colloque est ouvert à tous !

La soirée cinéma est également une soirée ouverte à tous, entrée libre, vendredi soir, à la Maison des Arts du Grütli. Patrizia Lombardo, avec Marc Cerisuelo et Nicolas Gilsoul, nous présentera le travail de Lynch, Kubrick, Scorsese, avec des citations éblouissantes. Ou comment les cinéastes utilisent l'architecture pour générer des émotions ! Lire le chapitre de Patrizia Lombardo sur le sujet, Le Vertige de l'espace dans le cinema, ici.

Nous sommes reconnaissants à tous nos partenaires et à tous nos sponsors pour leur soutien.

Vendredi, lisez l'article de Anna Vaucher dans la Tribune de Genève, et le 18 janvier, au 12h30 écoutez Klaus Scherer, le Directeur du Centre Interfacultaire des Sciences Affectives, présenter le Colloque sur les ondes...

Pour toutes questions, n'hésitez pas à nous contacter
Galerie Analix Forever : tel. +41 22 329 17 09
Mail : analix@forever-beauty.com

Kris van Assche, Amor o Muerte sur mademoiselleparis.com

Kris Van Assche, Amor o Muerte,

"So far, my only resolution for 2011 (at least, among the ones I am likely to hold), is to read more books. And I’m not talking about the kind of escapist chic-lit that I favour for commute, either.

My first book of the year was a gift from Barbara Polla, founder of Alchimie Forever and a woman of many faces, doctor, gallery-owner, art lover and friend of beautiful minds. A chance meeting with wunderkind Kris van Assche is the premise of Kris van Assche – Amor o Muerte, an extraordinary imaginary biography published at L’Age d’Homme.

Weaving its narrative path through scenes lived and dreamed, Barbara fills in the blanks left purposefully -by modesty or mystery – by the creative genius whose unassuming childhood in Londerzeel paved the path towards creative direction of Dior, via Argentina.

I wondered if I would like the book, as I always found biographies to be a bit dry but once started, Amor o Muerte revealed itself to be impossible to put down. I found myself drawn in as by the words, butterfly-kiss touches to paint van Assche’s portrait, born from Barbara’s admiration for the designer. Once finished, it left the bitter-sweetness of a grown-up treat."

Publié sur mademoiselleaparis.com, le 11 Janvier 2011.

jeudi 30 décembre 2010

2011, année de grâce

Pour en être sûre et certaine, que cette année va bien être une année de grâce, je vais faire quoi, le 1er janvier ?

Je vais regarder Danielle Darrieux dans son dernier téléfilm, “C’est toi, c’est tout”.

Et pourquoi donc ?

Mais parce qu’elle a 93 ans et que quand on lui demande si c’est son dernier film elle hésite. Et répond que si Almodovar l’appelle, elle n’hésite plus ! Parce qu’elle aime être avec des personnes d’autres générations – comme moi. Parce qu’elle incarne une vieille dame “pétillante, chaleureuse, indigne juste ce qu’il faut et légèrement amorale”. Parce qu’elle me fait penser à ma propre mère, qui du haut de ses seulement 88 ans, me dit : “Je suis heureuse, il y a tellement d’avantages à vieillir”.

Parce que j’aime ces vieilles dames dont je ferai un jour très lointain partie, qui font tourner le monde à l’envers, à l’envers de la bien-pensance qui veut que vieillir, c’est triste et moche – et que je me réjouis de faire pareil. A 95 ans, j’écrirai une pièce de théâtre pour une petite jeunette de 85 ans. Et j’exposerai une “jeune artiste” (car avez-vous déjà entendu un galeriste vous présenter un travail en disant : oui c’est un vieil artiste...) - une jeune artiste donc, de 79 ans. Et quand j’aurai 120 ans, je serai ravie de sortir dîner avec une Danielle Darrieux du genre, 93 ans, elle me semblera encore plus jeune qu’aujourd’hui : 27 ans de moins que moi !

Alors oui, 2011 sera une année de grâce. Grâce à (jeu de mot, oui, oui) toutes ces vielles dames du monde qui tournent des (télé)films, peignent, écrivent, qui soignent, éduquent, consolent, qui aiment, font des confitures et s’amusent comme des gamines et comme Danielle Darrieux, “jouent tout le temps comme dans la vie”. “La seule chose qui m'emmerde, dit encore Danielle Darrieux, c'est de devoir mourir.” On a juste oublié de la faire jouer dans le film “
Le plus important de la vie c’est de ne pas être mort”.

Nous en tous cas, n’oublions jamais de jouer, ça conserve (Michèle Morgan a 90 ans et Micheline Presle 88) et que 2011 nous protège du sérieux ! Car tant qu’on est vivant... Again, again ! Et que vivent les Quotidiennes !

Publié le 30 décembre 2010, dans les Quotidiennes

mardi 28 décembre 2010

Et si la paix passait aussi par la régulation ?

Le Président Nicolas Sarkozy tout comme les Etats-Unis somment Laurent Gbagbo de se retirer de sa présidence usurpée en Côte d’Ivoire et le secrétaire général de l’ONU rejette la demande du même Gbagbo de retirer les forces internationales de son pays. L’idée est évidemment de préserver la démocratie – le vote majoritaire – mais aussi de prévenir la violence. Deux objectifs hautement louables et partagés, surtout en cette période qui se voudrait pacifique envers et contre tout.

Mais les moyens sont-ils les meilleurs ? Peut-être convient-il d’abord de se poser à nouveau la question des déterminants de la violence. Le premier toujours, la question du pouvoir, intimement liée à celle de l’argent. Ce que nous apprenons aujourd’hui du rapport de Dick Marty de ce qui s’est passé au Kosovo souligne une fois de plus, les possibilités illimitées du pouvoir, lié à l’argent, de révéler et se faire exprimer la capacité infinie de l’homme de perpétrer le pire sur d’autres hommes. La volonté de pouvoir, la jouissance du pouvoir, qu’elles soient légitimées ou non par le vote majoritaire, sont elles aussi sans limites. L’humanité est encore loin d’avoir trouvé les moyens de contenir ces puissances sombres, même si l’Europe y travaille activement et avec une efficacité certaine sur ses propres territoires, mais une efficacité qui n’est qu’en devenir hors de ses limites territoriales.

Soit dit en passant, alors que l’on entend tant de critiques – autocritiques surtout d’ailleurs – de l’Europe – « un continent vieilli, à l’agonie, sans démographie, sans avenir, sans projet, sans développement, ruiné, avec une monnaie en déréliction » – j’affirme personnellement que l’Europe est aussi l’avenir du monde, d’un monde équitable, d’un monde aussi « social » (« social » compris comme favorisant l’équité sociale) que possible, grâce à ses modèles, ses intellectuels, ses recherches, ses débats, sa recherche sans fin d’équilibres. Elle est et sera encore l’avenir du monde si tant est qu’au lieu de se flageller dans sa position « pensive », elle affirme avec force cette position comme l’une des voies – oui, d’avenir.

Au-delà de la propension à la violence - qui aime prendre pour prétexte, toujours, les différences ethniques, claniques, sociales, religieuses, politiques, comme cible de rassemblement – il y a les armes. Les armes qui permettent de perpétrer la violence. Certes, les hommes se sont depuis toujours construit des armes. Ils continuent. Mais aujourd’hui, le pouvoir et l’argent se conjuguent dangereusement à l’intérieur du marché des armes. Si la Côte d’Ivoire n’était pas si bien approvisionnée en armes diverses, le risque de violences serait bien évidemment réduit. Certes, les machettes peuvent faire des ravages, mais qui sont sans commune mesure avec les armes que les hommes de Côte d’Ivoire ont aujourd’hui à disposition. Alors réfléchissons un peu, et calculons. Si le marché des armes était mieux contrôlé et mieux réglé, le risque actuel de violences en Côte d’Ivoire serait réduit d’autant. Calculons : combien va coûter ce qui risque de se passer ? Pourquoi les bénéfices du marché des armes n’est-il jamais mis en regard avec les coûts encore bien plus énormes et durables qu’il engendre, au niveau mondial, dans un marché mondialisé ?

Trois commentaires encore. Tout d’abord, une libérale qui s’oppose au marché libre des armes et propose la régulation, une nouvelle hérésie ? Non en fait quand on réfléchit à l’individu d’abord. Le libéralisme, c’est bien d’abord le respect de l’individu, de sa liberté et de sa vie. Le libéralisme, c’est aussi la prévention de la dégradation, la protection contre la déréliction. Dans l’équilibre entre la protection du marché et celle des droits humains, la première ne prime que si elle sert la seconde.

Deuxièmement, le risque de violence en Côte d’Ivoire ne doit pas nous occulter les risques plus globaux. L’expiration, en décembre 2009, de l’ancien traité Start (traité de contrôle des armements nucléaires entre la Russie et les USA), et par conséquence, l’absence de mécanismes de vérification mutuelle de leurs arsenaux nucléaires respectifs est très préoccupant. L’urgence de signer un nouveau traité est immense !

Et finalement, parmi les questions qui restent à investiguer, celle très provocatrice de la question de l’esthétique du pouvoir et des armes ne devrait pas être ignorée plus longtemps. La guerre est épouvantable. Oui. Mais si elle perdure malgré ses horreurs, c’est qu’elle exerce sur l’humain un attrait qui déborde certainement les prétextes politiques qui la déclenchent en général. Encore un sujet d’analyse, vierge encore, pour l’Europe.

Nous espérons tous que le retrait de Laurent Gbagbo soit imminent, sans trop y croire encore. La menace de sanctions, les sanctions elles-mêmes, exerceront-elles les effets escomptés ? A l’avenir, les meilleures sanctions – ou mieux, actions - que l’Union européenne devra mettre en œuvre pour soutenir la démocratie et prévenir les violences, les plus efficaces aussi, seront certainement préventives et probablement régulatrices. Que l’Europe se donne donc pour mission supplémentaire de convaincre le marché des armes de cette nécessité : ne pas armer sans contrôle, sans réflexion, sans calculs prospectifs des coûts, les pays à risque.

vendredi 24 décembre 2010

Vendredi : c’est Noël : la liberté en cadeau !

Le cadeau le plus beau, c’est la liberté. Chaque jour, je me sens reconnaissante de vivre dans un pays libre, où les femmes sont libres. Même les mercis essaimés aux quatre vents des Quotidiennes ne sauraient assez dire cette reconnaissance-là. La liberté, c’est Noël tous les jours de l’année.

Alors je rêve, qu’un soir de Noël, un nouveau Basaglia nous arrive, en guise de Père Noël, et que comme Franco Basaglia, qui a ouvert les portes des asiles psychiatriques en Italie, il ouvre les portes des prisons. Oui je sais, ce n’est pas dans l’air du temps, mais je continue de prétendre que dans ce domaine comme dans d’autres, la position utopique est indispensable. “Eutopique” en l’occurrence.

Personne n’aurait prédit que Basaglia réussirait. Et pourtant, il a réussi et plus personne aujourd’hui ne met son action en cause. On l’a tout simplement oublié. L’oubli est peut-être la meilleure consécration des justes révolutions. Peu nombreux sont ceux qui se souviennent que la peine de mort en France a été abolie il y a seulement 30 ans, en 1981, par un autre Père Noël du nom de Badinter.

Alors, à l’instar de Francesco Della Casa, rédacteur en chef de la revue Tracés, et de beaucoup d’autres, j’affirme que des alternatives à l’enfermement strict existent, que l’espace-temps carcéral, ce temps gelé hors du temps, à même de précipiter chez les prisonniers le désir de suicide, n’est pas une solution, et qu’il est temps, non plus seulement de réfléchir, mais de mettre en place ces alternatives qui d’une part existent et d’autre part ont fait leur preuves, en Angleterre par exemple – ou en Corse : je cite ici Della Casa : “Dans l’ancien pénitencier de Casabianda, en Corse, murs et barreaux ont été supprimés. Les détenus travaillent et font du sport dans un domaine de 1500 hectares, puis rentrent le soir dans une chambre dont ils détiennent la clé. Depuis 1949, aucun d’entre eux n’a tenté de mettre fin à ses jours, ni de se faire la belle. Une fois la peine accomplie, le taux de récidive y est inférieur à 1%.”

Dans le cadre du prochain Colloque international d’architecture émotionnelle qui aura lieu à Genève en janvier 2011, Leopold Banchini, qui a consacré beaucoup de temps à l’étude de l’architecture carcérale se situera clairement dans la lignée du philosophe Alain Brossat : «Dans une perspective historique, la question n’est pas de savoir que faire de la prison, comment améliorer les prisons, voire comment aligner l’ordre pénitentiaire sur les normes générales de l’État de droit – mais bien de se demander comment s’en débarrasser, et au plus vite... » – le même Leopold Banchini qui s’est vu par ailleurs attribuer, avec ses collègues, dans le cadre de son travail au sein du Laboratoire de la production d’architecture (lapa) de l’EPFL dirigé par le Professeur Harry Gugger, le prestigieux Lion d'Or de la Biennale de Venise Architecture 2011, pour la conception de l'exposition nationale du Royaume de Bahreïn, la plus convaincante, selon les experts, du thème même de la Biennale : “People meet in architecture”.

Le plus beau cadeau de Noël, une fois encore : la liberté et la fin de tous les emprisonnements qui ne sont pas indispensables. Nous pourrions commencer, modestement, par l’abolition immédiate de cette absurdité que représente la détention administrative. Un petit pas, eutopique, vers l’utopie bienfaisante.

Joyeux Noël !


Publié le 24 décembre 2010, dans les Quotidiennes

jeudi 23 décembre 2010

Jeudi : Bientôt Noël : un dîner en cadeau (un de plus ? mais non, un dîner jamais vu... )

Non non, ce n’est pas du tout ce que vous croyez : il ne s’agit pas de vous inviter à dîner... Ce ne serait un plaisir que pour moi car je suis une bien piètre cuisinière. Comme vous l’avez compris, Bientôt Noël est une série sur les cadeaux que j’ai reçus – en l’occurrence un dîner hors du commun - et des mercis essaimés aux quatre vents des Quotidiennes.

Mon dernier dîner cadeau ? Un retour au salon du 18ème siècle. 31 Raspail. Dans une ambiance plus que chaleureuse, un dîner quant à lui noir et blanc dans des couverts assortis. Et surtout, Emmanuel Giraud, l’artiste (g)astronomique qui cultive l’art du goût et de son souvenir, qui vient de publier Devenir gris, en conversation avec Arlette Farge, la merveilleuse historienne spécialisée dans l’étude du 18ème siècle, qui vous raconte les prisons d’époque et leurs habitants avec une telle tendresse qu’elle vous donne envie de les rencontrer en sortant Boulevard Raspail.

D’ailleurs, leurs fantômes sont si proches.... Il paraît, nous raconte Arlette Farge, que les condamnés aimaient manger des omelettes. Le menu est choisi ! Tous les dîners devraient être ainsi, nous parler d’aujourd’hui et d’autrefois, de vie et de mort, de rêve et de goût d’un seul tenant. Quel goût ? Pourquoi pas le mauvais, lui aussi. Un des prochains dîners du 31 Raspail accueillera Ruwen Ogien, le philosophe de la liberté d’offenser (comprise au sens de de blasphémer, choquer, heurter des convictions et non pas comme la liberté d’humilier).

Un propos délicat que Ruwen Ogien se plaît à illustrer en posant des questions du genre : “Pourquoi n’est-on pas libre de voir ce qu’on est libre de faire” (s’entend, dans notre chambre à coucher, même à Noël... Chut !) ? Ou encore : “Le mauvais goût est-il un crime ?” Nous nous réjouissons de savoir ce que le spécialiste du goût qu’est Emmanuel Giraud nous en dira et de nous délecter des offenses à la Ogien, comme autant de crimes sans victimes. Les meilleurs décidément, surtout à la veille de Noël...


Publié le 23 décembre 2010, dans les Quotidiennes

Mercredi : Bientôt Noël : Facebook en cadeau

Non, ce n’est pas du tout ce que vous croyez : il ne s’agit pas de vous inciter à offrir mes livres pour Noël. Encore que... Mais non, Bientôt Noël est une série sur des cadeaux que j’ai reçus (ou en l’occurrence, que vous avez reçus) et des mercis essaimés aux quatre vents des Quotidiennes.

Un cadeau que vous avez reçu en l’occurrence, car je ne fais pas (encore) Facebook. En fait, je préfère les Quotidiennes... Mais en attendant que la rédaction des Quotidiennes in corpore soit nommée L’Homme de l’année, merci à Mark Zuckerberg, L’Homme de l’année 2010. A 26 ans et toutes ses dents, Mark Zuckerberg a su créer une nouvelle manière d’être social, une nouvelle manière de partager, de se parler, de se raconter ses propres histoires et de s’intéresser à celles des autres, de montrer ses photos autrement qu’en diaporama en fin de soirée.

Facebook, c’est Noël, le partage, la gentillesse, un fantastique instrument contre la solitude. “J’aime ça.” Imaginez un peu combien de gens vont se souhaiter Joyeux Noël sur Facebook, par millions et en toutes les langues ! Merci MZ. Keep going !


Publié le 22 décembre 2010, dans les Quotidiennes

mardi 21 décembre 2010

Mardi : Bientôt Noël : des soins en cadeau

Non non, ce n’est pas du tout ce que vous croyez : il ne s’agit pas de vous inciter à offrir des soins pour Noël. Encore que... Mais non, Bientôt Noël est une série sur des cadeaux que j’ai reçus et des mercis essaimés aux quatre vents des Quotidiennes.

Une personne qui m’est proche et chère est hospitalisée en Gériatrie, dans l’hôpital qui s’appelle désormais des Trois Chênes. Je suis impressionnée par la qualité de la prise en charge. C’est un cadeau, pour toutes les personnes très âgées de ce canton, et pour tous leurs proches, de pouvoir bénéficier de soins d’un tel niveau de qualité. La patience est de mise : l’objectif est la sortie, si possible le retour à domicile, parfois vers une autre institution, mais doucement.

On voit là des patients de tous âges, mais essentiellement, ce que l’on voit, c’est un moment d’abandon. Non pas que les malades soient abandonnés, bien au contraire – mais un moment d’abandon de tout artifice, de tout simulacre, de toute ambition immédiate : la vie nue, dans le corps de chacun, telle qu’elle est, avec son extraordinaire préciosité et son extraordinaire précarité. Juste vivre, et aller mieux. Merci à vous tous et vous toutes pour ce cadeau


Publié le 21 décembre 2010, dans les Quotidiennes