mercredi 14 octobre 2009

Il était un jour la liberté. Il sera un jour le développement.

La liberté ne se définit pas dans l’absolu. Elle se définit dans la bataille. Les femmes et les hommes qui aspirent à la liberté doivent se battre : il n’est pas d’autre chemin.
D’ailleurs, c’est ce chemin que prit la mère de Laszlo Magas. Elle chercha à fuir le totalitarisme soviétique et donc la Hongrie, son pays, en 1949 déjà, avec son fils. Mais elle se fit arrêter, tout près de là où aura lieu, quarante ans plus tard, le Pique-Nique Paneuropéen. La mère est arrêtée, donc, et mise en prison – une prison qui existe toujours, à la sortie de Sopron. Libérée en 1956, elle part très vite au Venezuela (l’accalmie ne durera que quelques jours), avec un groupe d’émigrés. Avec cette histoire en tête, on comprend pourquoi, devenu un homme, Laszlo Magas entre dans l’opposition au régime communiste ou, plus précisément, aux soviets et comment, au moment crucial de l’été 1989, il imagine, avant les autres, que le rideau de fer d’ores et déjà fissuré pourrait être déchiré, au propre comme au figuré. Pour ce faire, Laszlo Magas organise, avec d’autres opposants, sur le thème de « Baue ab und nimm mit » - Détruis et emporte, le rideau de fer donc - le pique nique le plus fréquenté de l’Histoire. Il semble bien qu’ils étaient plus de dix mille.
Il faut remettre le pique-nique dans le contexte de la Hongrie de 1989 : le rideau de fer devenu obsolète, à la fois conceptuellement, politiquement et techniquement, la Hongrie commence à le détrictoter au printemps 1989 déjà. Mais à Sopron, à la frontière avec l’Autriche, il tient toujours. Le pique-nique paneuropéen avait pour but symbolique de transformer le rideau de fer en souvenir collectif. Objectif initial concret : ouvrir la frontière entre la Hongrie et l’Autriche. Mais le résultat ira beaucoup plus loin.
A Sopron toujours, dans la même rue que Magas, habitait un autre homme, Arpad Bella, commandant des garde-frontières. Les deux hommes se connaissaient de vue, mais ne se parlaient pas : le très consciencieux commandant des garde-frontières qu’est Bella ne saurait parler à un homme de l’opposition. Aujourd’hui pourtant, ils partagent la même fierté modeste et le même attachement au souvenir de cette journée unique dans leur vie : le 19 août 1989.
Il était un jour, l’humanité aussi. Bella a lui aussi son histoire toute personnelle : une femme d’origine allemande, des beaux-parents allemands ; grâce à Oma et Opa, le bilinguisme pour ses enfants. « Les choses ne viennent pas de rien, dit-il. Elles viennent de l’enfance, de l’éducation, des expériences et des visions… Le multilinguisme et le multiculturalisme qui lui était associé -hongrois, allemand, croate - à Sopron, a baigné mon enfance. »
Le jour du pique-nique, Bella est responsable de la frontière. Responsable aussi de ses cinq hommes. Les consignes n’ont pas encore changé : on laisse passer les Hongrois et les Autrichiens, on tire sur les Allemands. On ne les attendait pas d’ailleurs, ce jour-là, mais ils arrivent par vagues, par dizaines, par centaines, pour s’infiltrer dans la brèche. Comme le dit si bien Bella, « On se peut pas gérer une foule en panique. ». D’un calme apparent parfait, extrêmement inquiet à l’intérieur de lui-même, le commandant se refuse à verser le sang. Il trouve une parade, bien plus intelligente qu’une opposition de front. Il donne l’ordre à ses hommes de tourner le dos à la frontière hongroise et de ne contrôler que les gens qui viennent d’Autriche pour entrer en Hongrie. Avec l’idée que ses hommes ne sauraient être rendus responsables de ce qu’ils ne voyaient pas, de ce qui se passait dans leur dos.
Plus de six cent Allemands sont passés ainsi en terre autrichienne. Un photographe inspiré qui avait décidé de se mettre du côté autrichien a récolté des portraits d’hommes, de femmes et d’enfants en liesse et en larmes. Cet événement a contribué à la chute du mur à Berlin et a représenté un symbole si fort qu’il a fait dire au chancelier Kohl, en substance, que le sol sur lequel reposait la porte de Brandebourg était hongrois.
La vivacité du souvenir, cependant, reflète aussi l’absence d’un présent aimé. « La Hongrie n’a pas su tirer bénéfice de la liberté. La démocratie, ce n’est pas la même chose que le marché… » regrette Arpad Bella. La Hongrie n’a encore avoir trouvé son développement économique propre, assumé ; terre essentiellement rurale, elle semble colonisée par un capitalisme occidental qui lui reste comme étranger, concentré dans les bordures des villes et des autoroutes : Mac Donalds, Volkswagen, et autres Best Western ont pris la main. Mais derrière, dans la campagne comme dans le coeur des villes de province et dans celui des intellectuels, la Hongrie séculaire garde ses droits, comme si le pays n’avait pas encore trouvé la voie pour conjuguer le passé au futur. La dichotomie palpable entre développement économique exogène et culture endogène semble bien couper les ailes à un développement harmonieux du pays, intégrant démocratie, culture et économie. Les Hongrois, désespérés une fois de plus de ne pas maîtriser entièrement leur destin, en sont convaincus : ils ont échoué et n’ont pas encore su concrétiser les rêves de l’ouverture.
Le cinéaste hongro-américain Karchi Perlmann, primé à l’étranger pour son court métrage Vacsora, qui met en scène une inversion de la relation entre hommes et cochons (et si c’était les cochons, désormais, qui mangaient les hommes ?), reste méconnu dans son propre pays, dont il critique notamment le fossé immense qui sépare le monde rural du monde politique. Même si le 19 août 1989, la liberté a gagné une bataille, une autre servitude menace les Hongrois : celle de la dépendance économique à un modèle qui n’est pas le leur. La bataille d’un développement qui leur appartienne en propre reste, ainsi, à initier. Mais pour cela, il faudra, comme le souligne Perlmann, qu’ils intègrent leur monde rural et qu’ils accompagnent le développement de leur marché par leur propre culture, comme espérait le faire Georges Soros quand il a créé à Budapest l’Université de l’Europe centrale. Les Hongrois savent qu’ils doivent reprendre la main. Qu’ils se souviennent de 1989, non plus avec nostalgie, mais avec la conscience que les hommes apparemment les plus anodins peuvent aussi changer le monde. Le leur, en particulier, en modelant son développement de l’intérieur. Pour ce faire, il n’est d’autre chemin que la lutte. Certes, l’âme hongroise a ce talent unique, de transformer le désespoir en élégance grâce à l’ironie. Mais aujourd’hui, il faut de l’action à la Hongrie, plus que de l’ironie. Pour que les cochons ne mangent pas les hommes.

Radio Trabant, sur rsr.ch

Publié dans l'AGEFI, le 14 octobre 2009



Bratislava, la jungle de béton


Une fois passé Hegyeshalom, le symbole de l’ouverture devenu le symbole de rien du tout, on arrive bientôt en Slovaquie. Après la Hongrie et la douceur de ses paysages, la civilité de ses habitants, on a l’impression d’arriver dans un lieu riche et chaotique, en pleine évolution – une évolution vers quoi ? Bratislava semble traversée de part en part d’autoroutes, comme éventrée par les axes routiers, incompréhensible, dominée par son château immaculé en pleine restauration qui paraît aussi anachronique que la vielle ville, elle aussi parfaitement restaurée et qui donne l’impression étouffante d’un musée de province obsolète, alors que la vie est ailleurs, sur les autoroutes, dans ces hôtels impersonnels importés tels quels, et dans la jungle de béton…

La jungle de béton : la description parfaite qui m’a été donnée de Bratislava, quelques jours après mon retour, au défilé parisien de Kris Van Assche : je bavarde back-stage avec Teriza, l’une des personnalités qui défilent pour Kris – oui des personnalités, bien plus que des mannequins. Teriza qui me parle de sa ville : « j’aime Bratislava, j’aime mon pays, mais je crois que ceux qui viennent d’ailleurs ne peuvent pas comprendre… parce que c’est une jungle de béton. Moi je veux finir mes études, c’est très important pour moi, je retourne à Bratislava après les défilés… et puis je verrai. »

Autrefois, Bratislava fut Presbourg, la capitale de couronnement de la Hongrie de 1536 à 1784, lorsque Budapest fut occupée par les Ottomans. A Paris, la rue de Presbourg, dans le 16ème arrondissement, célèbre d’ailleurs la Paix de Presbourg … mais rien de Bratislava ici dans le 16ème. Rien de Bratislava non plus dans les propos de l’écrivain suisse William Ritter, originaire de la Chaux-de-Fonds, publié par l’Age d’Homme bien sûr, et qui affirmait qu’ « être Slovaque est considéré par les Slovaques comme un grand honneur et un grand bonheur, et par ceux qui ne le sont pas comme une chance et un privilège... »

Chance et privilège, je ne sais pas vraiment, mais en tous, cas, il me reste une curiosité vive au coin de l’âme : retourner à Bratislava, vite, pour voir, pour essayer de comprendre encore, au bord du bleu Danube qui semble s’écouler comme étranger lui aussi, retourner dans cette jungle de béton qui grouille de vie, avec Teriza comme guide à travers ce monde multilingue, multiculturel, paneuropéen dans lequel il s’agit, sans passéisme, de créer aujourd’hui la culture de demain !


Radio Trabant sur rsr.ch

Publié dans les Quotidiennes, le 14 octobre 2009

mardi 13 octobre 2009

Le silence des éoliennes

Après le pique-nique paneuropéen du 19 août 1989, près de Sopron, au cours duquel plus de 10.000 personnes auront fêté l’ouverture du rideau de fer et la déferlante de la liberté, le 12 octobre, la frontière austro-hongroise s’ouvrait définitivement, à Hegyeshlaom. On raconte que dès ce jour là, de longues files de Trabant passaient d’un côté à l’autre de ce lieu alors mythique, avec des frigos hissés sur les toits des petites voitures au design de Bauhaus…

L’ouverture des frontières signait la liberté, le frigo l’accès à l’occident, et Hegeyshalom passait du lieu du contrôle absolu à celui de la célébration.
Vingt ans plus tard, Hegeyshalom apparaît non plus comme symbole d’ouverture mais comme symbole de la déréliction. Le lieu est abandonné à lui-même et d’une grande saleté : il semble bien que plus personne ici ne vide les poubelles ni ne déplace les voitures à l’abandon.

Au-dessus de l’horizon, les éoliennes tournent en silence, et l’élégance de la danse de ces ballerines qui de loin semble s’enlacer, s’embrasser, s’entrelacer, ne fait que rajouter à la désolation du lieu. La question qui se pose ici, comme dans d’autres régions de ces pays de l’est à l’honneur aujourd’hui, n’est plus tant celle de la liberté que celle du développement. Du développement individuel comme du développement économique. Les deux semblent ici plus que jamais liés.

Faute de prendre à bras le corps leur propre développement et de le laisser entre les mains des pays occidentaux - avec l’Allemagne aux premières loges, notamment pour les éoliennes – on peut craindre que l’aliénation économique remplace progressivement l’aliénation politique qui prit fin, il y a vingt ans environ. Mais la liberté ne se gagne pas en silence, le développement autonome non plus !


Radio Trabant sur rsr.ch


Publié dans les Quotidiennes, le 13 octobre 2009

Passion Polla


Publié dans l'Hebdo, du 13 octobre 2009.

mardi 6 octobre 2009

La vie les yeux ouverts

De Larry Sultan on pourrait dire qu’il a « réussi » : n’est-il pas reconnu dans le monde de la photographie comme dans celui des galeries, auteur de livres singuliers, professeur admiré des ses élèves du California College of the Arts. Mais Larry Sultan, lui, préfère ses paradis perdus à celui de la soi-disant réussite, ces paradis dans lequel il a grandi et qu’il n’a jamais voulu quitter, occupé à scruter sans répit la vie elle-même derrière le mythe de cette Californie jardin d’Eden, nouvelle Méditerrannée, « american dream come true ». Seul le travail peut consoler - et encore - le jeune homme que Sultan est resté de l’humiliation du monde qui transparaît dans toutes ses images, au point qu’elle finit par en devenir la substance même. Chaque clic soulève un peu plus le voile sur les réalité familiales, sur celles de la Californie, sur l’irrémédiable déclin. Mais ce que découvre Sultan en photographiant ne le conduit jamais à détourner son regard - ni le nôtre - bien au contraire, ce qui apparaît sous le voile confirme notre fascination partagée pour cette nausée doucereuse de la réalité déguisée en beauté.

Remarquable, entre autres, la capacité de Sultan à tisser ses références multiples, littéraires, bibliques, cinématographiques, familiales, et sa conscience de l’actualité sociopolitique, au creux d’histoires riches de détails et de la texture du présent. La tension est constante entre les mythes et les faits. Remarquable aussi sa capacité à produire des images séduisantes – bien au-delà du raisonnable. Remarquable encore, l’usage de la couleur comme grande réconciliatrice. Remarquable enfin, la prise de risque : Sultan, photographe, auteur, artiste, s’engage les yeux ouverts dans les territoires interdits de la pornographie, du vieillissement, de l’humiliation, des mythes défaits des banlieues californiennes, de l’amour malgré tout de cette famille qui lui permet d’explorer sans jamais arriver à satiété, son enfance, ses propres obsessions, sa sexualité adolescente en contrepoint de la violence des scènes familiales dans la cuisine de la maison : Pictures from home, artéfacts d’un paradis illusoire de pelouse de golf et tapisserie fleurie. Manipulateur sans scrupule de la réalité poignante des autres qui deviennent ses acteurs consentants malgré eux, mais toujours respectueux et fidèle à son propre imaginaire qu’il continue avec acharnement d’essayer de cerner, Sultan nous livre la déréliction humaine comme des marguerites jaunes dans un vase somptuaire. Plus nue la fragilité, plus éclatante la servilité, plus solitaire la dérive : plus belle sera la lumière. Parce que la vraie vie est perméable à la lumière. Les yeux ouverts, au plus vite, Sultan nous transmet, dans la joie de pouvoir voir, des images, encore, encore, encore avant la nuit.


Barbara Polla et Stephen Vincent


Publié dans Crash, Octobre 2009

jeudi 1 octobre 2009

Invitation...

Le 1er octobre, dès 17h, et jusqu’à 20h, mes amis Ornela Vorpsi et Yann Apperry et moi-même vous attendons à la Librairie du Rameau d'Or (Boulevard George Favon, Genève) pour une séance de signatures.

Ornela Vorpsi dédicacera Le Pays où l'on ne meurt jamais (prix Grinzane Cavour) et Tessons roses (Ed. Actes Sud)

Yann Apperry dédicacera Diabolus in Musica (prix Medicis), Farrago (prix Goncourt des lycéens) et Terre Sans Maître (Ed. Grasset)

Et moi-même mon dernier roman, Victoire, l'histoire d'une passion, avec une préface de Yann Apperry et une photographie de Ornela Vorpsi en couverture... (Ed. L’Âge d’Homme)

Après la dédicace, dès 20h, à la Galerie Analix Forever, 25 rue de l’Arquebuse, accrochage de photographies de Ornela Vorpsi, et présentation nocturne de l'exposition de vidéos, Retroprospective, de Ali Kazma.

mercredi 30 septembre 2009

Le coût du stress : et les bénéfices ?

Avec la crise, le stress. Le stress au travail, ou le stress sans travail, on ne sait plus très bien lequel est le plus stressant, mais c’est tenu pour acquis : le stress est partout et fait beaucoup de tort, à celui qui en souffre et à la société tout entière. Cela coûte très cher, paraît-il, le stress, en termes de santé publique comme en termes d’économie entrepreneuriale. C’est prouvé, nous dit-on. Comme il est prouvé, n’est-ce pas, que les images de corps parfaits dont la publicité nous abreuve sont psychotoxiques. Juste un petit hic que soulevait à Paris le psychiatre Christophe André lors de la conférence organisée le 22 octobre par LVMH sur Cosmétiques et Emotions : on n’a jamais fait d’études sur les effets psychiques positifs de ce type de publicité. De même, j’ai beau chercher, je ne trouve pas d’études concernant les effets positifs du stress au travail sur les performances des collaborateurs, sur le succès de l’entreprise, ni sur la salutogenèse. Et pourtant.
Le concept de stress a été défini par le Hongrois Hans Selye en 1937. D’emblée, Selye a insisté sur le fait que le stress est indissociable de la vie. Pourquoi ? Parce que le stress, fondamentalement, correspond à une menace : menace sur l’intégrité cellulaire, organique, psychique. La menace est bien la meilleure définition de ce que « ressent » le stressé, qu’il soit un humain ou une cellule. La vie n’existe pas sans stress, sans menace sur la survie, ni sans capacité de répondre au stress, de se défendre, de s’adapter, de résister. Le stress, fondateur des cycles mêmes de la vie : la vie, la menace, l'adaptation, la survie... Adaptation physiologique : le stress induit une activation du système sympathique, une accélération du rythme cardiaque et un accroissement de la force musculaire, tous phénomènes très utiles quand le « stresseur » est un lion par exemple que vous découvrez en ouvrant inocemment la porte de votre caverne, et que tout ce qu’il vous reste à faire est de courir très très vite… Adaptation psychologique aussi : le stress induit ainsi une stimulation de la mémoire et des fonctions cognitives, état « d’alerte » objectivable à l’électroencéphalogramme, très utiles quant à eux quand le stresseur est un examen oral… Que feraient les étudiants, les acteurs, les musiciens, les performeurs, sans ce stress qui augmente leurs capacités cognitives et leur permet de se souvenir très précisément de ce qu’ils sont supposés dire et faire ? L’adaptation au stress, nécessité absolue, s’avère au total extraordinairement riche, créative, constructive, positive : que serait l’homme sans sa formidbale capacité d’adaptation !
Alors bien sûr il y a l'eustress, le bon stress, et le distress, le mauvais stress (la détresse). Un peu, beaucoup, passionnément de stress, c'est bien: les réponses biologiques et physiologiques qu'il engendre sont moteurs d'adaptation et de survie. Trop de stress en revanche peut mener à l'épuisement des ressources : le « burnout ». Mais il serait bon de reconnaître qu’avant le burnout, il est une longue période pendant laquelle le stress est extraordinairement positif dans la mesure où l'organisme qui y est soumis est capable de s'adapter et que les limites entre le eustress et le distress sont largement au-delà de ce que l’on croit généralement. Le stress induit une résistance progressive aux stress subséquents, affecte positivement tant le développement de l'autonomie, dès l'enfance et jusqu’au plus grand âge. Le stress est même garant d'un vieillissement en santé : les Japonais conçoivent que si la durée de vie s'allonge, c'est que le stress environnemental augmente et que ce stress maintient les capacités de l'organisme à se défendre. Mais qu'est-ce qui détermine cette résistance au stress, cette formidable et trop souvent insoupçonnée capacité d'adaptation et de survie ?
Boris Cyrulnik dirait que c’est la «résilience», un mot et un concept venus de la physique, qui désigne l'aptitude des corps à résister à un choc. La résilience définit les processus de réparation, elle souligne l'aspect adaptatif et évolutif de l'être. En sciences sociales, il s'agit de la capacité à vivre et à se développer positivement, en dépit du stress ou grâce à lui. Cette capacité s'élabore dans la rencontre de l'autre et dans l'exercice du stress. Ce «tricot» des défenses entre milieu intérieur et monde extérieur, comme le dit Cyrulnik, est comme un cadeau du ciel, une chance, un équilibre entre l'ombre et la lumière – car « la résilience, c'est plus que résister, c'est aussi apprendre à vivre ». Pour Cyrulnik, la résilience est indissociable de l'oxymoron, cette figure de rhétorique qui associe deux termes antinomiques tels « un merveilleux malheur ». Ainsi le stress : « un merveilleux malheur. » Et Selye de conclure, « I cannot and should not be cured of my stress but merely taught to enjoy it. »
Alors, entreprises stressées, réjouissez-vous and enjoy !

Publié le 30 septembre 2009 dans l'AGEFI.